skip to Main Content
nadia_ross_banner

2016 Lauréat

Nadia Ross est, depuis 1992, Directrice artistique de STO Union, compagnie dédiée à la création d’œuvres pluridisciplinaires et de théâtre expérimental pour la scène.  Depuis, STO Union est devenu une compagnie de tournée internationale qui présente des œuvres canadiennes originales dans des festivals au Canada et dans le monde entier. Maintenant basée dans la région de l’Outaouais/Ottawa la compagnie a débuté à Toronto. Son travail se caractérise par un immédiat, une intimité tangibles pour le spectateur.  Son approche est non-spectaculaire: elle se concentre sur la fragilité des interactions humaines et leur complexité. La beauté chez les humains s’oppose de façon contradictoire à notre ignorance collective. Dramaturge dévouée, ses projets font l’objet d’une recherche minutieuse et se situent dans un long narratif historique. Rebelle affirmée,  elle n’a jamais dévié du chemin de l’authentique exploration, et elle est une précurseure du mouvement international post-dramatique.

2016 Protégés

Sarah Conn
Shaista Latif

Discours d’acceptation

Je vous remercie du fond du cœur pour ce prix magnifique, qui reflète le travail de tous mes collaborateurs artistiques au fil des ans. Je tiens à remercier la famille Siminovitch, visionnaire et généreuse. Votre incidence sur le théâtre est immense! Merci également aux membres du jury : Bob White, Micheline Chevrier, Linda Gaboriau, Mieko Ouchi et Sarah Garton Stanley. Je suis très honorée que vous, mes pairs, m’ayez choisie. Merci, enfin, au Centre national des Arts. Je veux aussi prendre un moment pour rendre hommage aux gens qui étaient en nomination avec moi et pour les remercier :

Ross Manson, dont la gentillesse et l’honnêteté me touchent profondément. Tu es ce bon citoyen qui aime la vérité et la droiture jusqu’à la passion, et nous en profitons tous.

Ravi Jain : ta générosité et ta hauteur de vues ont infléchi la vie d’innombrables personnes. Ton grand cœur nous accueille tous et ouvre des portes à une foule de gens. Ton altruisme est un bienfait pour nous tous.

Jonathan Christensen : c’est ton courage que je retiens. Le courage d’aller à l’aventure, de prendre les rênes d’une compagnie et de la mener tambour battant vers le succès. Tu es profondément courageux.

Christian Lapointe, tu es l’enfant sauvage de la nature, un esprit directement inspiré par une force mystique. C’est un honneur de te connaître.

Ma vie est menée par la Force créatrice. C’est vraiment elle qui mène. Je m’y soumets. Je me contente de suivre ses ordres. C’est comme une autre personne qui vivrait en moi. Je la regarde choisir et faire des choses que moi je n’aurais pas nécessairement faites. Parce que moi, je suis pleine de doutes. Je doute de tout. Je doute de moi, je doute de mon travail. Je ne peux pas m’empêcher de penser que la prochaine pièce sera ma plus réussie. Je ne me repose jamais sur mes lauriers. À l’instant même, debout, ici, je doute. La Force créatrice n’exclut pas le doute, mais elle, par contre, ne doute jamais. Alors je lui cède la place et je la laisse faire ce qu’elle compte faire. Je l’observe, en coulisse, démunie. J’ai souvent très très peur. J’essaye de tenir la cadence de la Force créatrice et de la suivre dans ce tourbillon où elle m’emporte et me secoue. C’est une force. Vous avez choisi de me récompenser, mais moi, je m’écarte pour laisser voir clairement ce qui doit être récompensé : c’est la Force créatrice. Moi, personnellement, je n’ai aucune idée de ce qui m’a menée sur cette scène, ce soir. Je me suis laissé absorber par l’énergie. Elle a suscité ma curiosité. Je l’ai suivie comme une marotte, une obsession, à l’évidence, parce qu’il n’y a rien de plus beau, pour moi, que la Force créatrice.

La Force créatrice résiste à tout. La Force créatrice nous tue et nous ramène à la vie. La Force créatrice nous tire de l’immobilité, de la tranquillité, de ce moment où les lumières s’éteignent, quand nous sommes assis tous ensemble dans une salle sombre. Cette pause sacrée. Ce néant précieux. Obscurité lumineuse. Paix.

Puis l’étincelle jaillit et devient un monde plein de vie. Une vie qui se joue devant nos yeux. Un drame lourd. Qui lui aussi prend fin. La noirceur revient imprégnée de sa tendre paix.

C’est tendre. Cette paix. Cet espace.

Ce calme.

Voilà la source créatrice.

Ici même, à l’instant.

C’est d’elle que jaillit le monde du théâtre.

Et je répète, comme une prière :

La Force créatrice résiste à tout. La Force créatrice nous tue et nous ramène à la vie. La Force créatrice nous tire de l’immobilité, de la tranquillité, de ce moment où les lumières s’éteignent, quand nous sommes assis tous ensemble dans une salle sombre. Cette pause sacrée. Ce néant précieux. Obscurité lumineuse. Paix.

Puis l’étincelle jaillit et devient un monde plein de vie. Une vie qui se joue devant nos yeux. Un drame lourd. Qui lui aussi prend fin. La noirceur revient imprégnée de sa tendre paix.

C’est tendre. Cette paix. Cet espace.

Ce calme.

Voilà la source créatrice.

Ici même, à l’instant.

C’est d’elle que jaillit le monde du théâtre.

Et quel monde! Magnifique et terrifiant. Cruel et généreux. Regorgeant de politique, de religion et d’histoires pour durer l’éternité. Nous nous efforçons de comprendre ce monde. Pour être au moins conscients de ce qui nous échappe. Pour nous libérer. Nous débarrasser du doute et de la peur et de l’ignorance. Or, malgré tous nos efforts pour éviter ce que nous n’aimons pas, nous n’y arrivons pas. Que faire?

Le jouer, les uns devant les autres, en espérant faire briller la lumière qui est en soi. Cette lumière, cette étincelle en soi qui surgit de cet espace lumineux. De cet espace d’où émergent le courage, l’honneur, la générosité, la frénésie. Une fois sur scène, on joue avec ces forces, comme avec l’ignorance qui est leur éternelle ennemie. On voit à la fois le gagnant et le perdant, l’allié et l’ennemi, celui qui est pétri de doutes et l’essence qui cimente le tout. On assimile les opposés. On retient les contradictions dans cet espace unique. Et c’est en conjuguant les opposés, l’autre et soi, qu’on se transforme. Voilà le pouvoir fondamental de cette forme d’art. Un pouvoir formidable! Ce pouvoir ne s’exerce nulle part ailleurs que dans cet espace, avec des gens qui, ensemble, concentrent leur attention sur le même objet et sur la même histoire pour en permettre la transmission. Une transmission qui s’effectue dans notre corps, par notre présence, ici, parmi nous. Ensemble, nous avons maintenant ce pouvoir de croître de façons totalement inattendues. D’être plus conscients. De sentir davantage, de savoir davantage, d’éprouver davantage, d’aimer davantage.

Je me figure Elinore Siminovitch comme une femme pleine de la Force créatrice. Elle a dû beaucoup, mais beaucoup aimer le monde pour être si prolifique et créer autant qu’elle l’a fait.

J’ai croisé Dr. Lou Siminovitch, l’autre soir. Je tenais à le remercier de cet honneur. Il m’a dit : « J’ai fait un beau mariage. Un beau mariage. Elle ne s’intéressait pas du tout à la science [et ici il a ri]. J’ai fait un beau mariage. »

J’ai été bouleversée par l’amour qui modelait sa voix. J’ai compris toute la profondeur de l’émotion, de l’honneur et du respect qu’il y a dans ce prix.

Moi aussi, j’ai fait un beau mariage. Avec Rob Scott, mon collaborateur de toujours, que j’adore. Ensemble, avec George Acheson, mon meilleur ami et l’aiguillon de mon inspiration, avec Sarah Conn, Jacob Wren, Tracy Wright, qui n’est plus, Barry Padolsky, Steve Lucas, Wayne Hunter, les gens de Wakefield qui m’ont soutenue et qui créent avec moi depuis dix ans, et tant d’autres artistes, au Canada et ailleurs. Ensemble nous sommes allés au feu pour partager avec le monde ce que nous sommes. Nous avons été cette petite compagnie indépendante qui, comme le petit train qui a gravi la montagne, a poursuivi son chemin en dépit de tous les obstacles. Nous avons poursuivi notre chemin parce que c’est ce que nous faisons. Et nous le faisons parce que nous aimons le monde autant que nous le haïssons. Nous savons que la solution passe forcément par la créativité, et qu’elle honorera la vie, la mort et tout ce qu’il y a entre les deux. Merci d’être mes compagnons de création. Ce soir, plongeons dans la nuit et laissons la vie nous emporter là où elle veut. Faisons-le comme des frères et des sœurs, comme des compagnons voguant sur cette mer de changement, inspirés, soûlés par la vie. Et créons au fil du voyage des chansons et des poèmes magnifiques pour nous divertir et nous éclairer les uns les autres, pour nous réconforter et pour célébrer.

Kathy Siminovitch est convaincue que sa mère « aurait été ravie non seulement de voir récompensée l’excellence en art dramatique, mais aussi de constater qu’un artiste de la relève voyait son travail reconnu et offert au public ».

Ces mots ont guidé le choix de mes deux protégées. Fidèle à la tradition de l’apprentissage, je veux rendre hommage aux apprenties qui sont actuellement auprès de moi. Sarah Conn, toi qui es avec moi depuis quelques années déjà, je te remercie d’avoir proposé ma candidature. Sans toi, je ne serais pas ici ce soir. En te choisissant comme lauréate, à mon tour, je te demande de partager ton grand cœur et ta ténacité avec le monde, à travers ton travail. Le monde manque de cœur et même si le tien te semble incroyablement vulnérable, ne t’en fais pas : il est plus robuste que tu l’imagines. Shaista Latif est ma nouvelle protégée. Shaista, je t’ai choisie pour ton esprit impétueux et ton humour extravagant. Je t’en prie : fais en profiter tout le monde. Nous avons tous besoin de voir plus clairement ce que nous préférons éviter. Aide-nous avec humour et compassion. Surtout, qu’aucune de vous deux ne se départe jamais de sa curiosité : c’est un instrument incontournable qui vous fera venir à bout de tout.

Back To Top
×Close search
Rechercher