Perspectives émergentes: Kat MacLean

Kat MacLean MacLean Siminovitch Artist émergent 2025 Bénéficiaire d’une bourse Header Photo

C’était le printemps dans les Prairies du Manitoba. Kat MacLean (iel/elle) était alors une jeune comédienne de Toronto en tournée avec une pièce destinée au jeune public. Un jour, en sortant de la fourgonnette, iel a remarqué « …l’odeur du soleil qui frappe l’herbe, de la moisissure de neige, des choses qui fondent, des choses qui recommencent à pousser… Et c’est là que je me suis dit : il faudrait peut-être que je rentre chez moi. » Iel me raconte cela lors d’un appel vidéo depuis Saskatoon, où iel est née et a grandi. « La créativité vit ici autrement », poursuit-iel. « Ça fait tellement de bien d’être de retour. »

Cela dit, MacLean se décrit sans détour comme une amoureuse des grandes villes. « Parfois, j’aimerais être un peu plus plein air », admet-elle. Après l’université, elle a suivi sa formation de comédienne à l’École nationale de théâtre du Canada (ÉNT) à Montréal, où elle a apprécié la chance d’apprendre directement auprès de professionnels en activité, mais où elle a surtout aimé vivre dans une toute nouvelle ville « où je pouvais explorer qui j’étais ». Elle revient tout juste de Toronto, où elle a pu passer de précieux moments avec ses ami·e·s. « Dépasser le stade des nouvelles, puis juste parler pour de vrai… C’est mon truc préféré. »

MacLean dit avoir toujours eu un petit côté performeur. Iel se rappelle avoir organisé, enfant, des concours de lip-sync avec ses cousin.e.s, et avoir fait semblant d’être Rosie O’Donnell, menant des entretiens imaginaires depuis l’escalier de la maison familiale. « On avait une “blague du jour” », se souvient-iel. « J’essayais toujours d’être vraiment drôle en famille » 

Lorsqu’elle a obtenu son diplôme en 2018, les occasions offertes aux artistes autochtones se multipliaient. « Je ne pense pas qu'il y ait déjà eu un tel pic auparavant » s’étonne-t-elle. Elle a tissé des liens avec la communauté nationale du théâtre autochtone et s’est réjouie d’incarner sa culture et son expérience métisses sur scène. Nous convenons que les choses ont un peu changé sur la scène nationale depuis. En 2020, la pandémie a mis un coup d’arrêt au théâtre en salle au Canada pendant près de deux saisons. Depuis, de nombreuses compagnies continuent de ramer. C'est peut-être la raison pour laquelle certaines semblent plus hésitantes à présenter à leurs publics, majoritairement composé de non-autochtones, trop de choses inconnues ou non testées.

N’empêche, le parcours professionnel de MacLean est remarquable. En 2020, iel a été choisie pour la création mondiale de Women of the Fur Trade de Frances Koncan au Royal Manitoba Theatre Centre: une relecture satirique de l’histoire de la résistance de la rivière Rouge du point de vue de trois femmes, une Ojibwée, une colonisatrice et une Métisse. La pièce revêt pour MacLean une importance à plusieurs égards, y compris sur le plan amoureux. En fait, iel interrompt l'entretien pour traverser la pièce à toute vitesse, décrocher quelque chose du mur et le montrer à l’écran. C’est une photo encadrée d’iel et de sa fiancée, dont iel a fait la connaissance au sein de la distribution. Le souvenir comprend même un billet de ce spectacle fatidique.

Après une pause pendant la pandémie, Fur Trade est devenu un succès-surprise et continue d’être monté un peu partout au pays. MacLean a joué dans deux productions subséquentes, au Stratford Festival, « où nous avons dû intégrer certains repères» pour permettre au public ontarien de rattraper le fil de l’histoire, puis au Globe Theatre de Regina, lieu de l’exécution de Louis Riel, « ce qui était très chargé ».

 

Kat Maclean in "Women of the Fur Trade" by Frances Koncan
Kat MacLean dans « Women of the Fur Trade » de Frances Koncan. Photo de Chris Graham.

 

La pièce traverse encore la vie de MacLean comme un fil rouge. Iel signera sa première mise en scène la saison prochaine, au Belfry Theatre de Victoria. « C’est tellement une histoire des Prairies », dit-iel, en réfléchissant à la façon de l’ancrer auprès d’un public de l’île de Vancouver. « C’est un rappel très concret. Il y aura toujours ce gouvernement colonisateur qui dit : “Laissez-nous juste faire cette petite chose, rien qu’une toute petite affaire” — mais ça fait des siècles que ça dure. [À travers les traités,] c’est quelque chose qui a été imposé à travers tout le pays, d’un océan à l’autre. »

Depuis sa jeune enfance, MacLean ressent un élan vers la justice sociale : « Je pleurais le soir à cause de la guerre en Irak », dit-iel, « ces pauvres enfants qui n’ont pas leur mot à dire là-dedans… » Plus tard, jouer dans L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht lui fait découvrir l’idée du théâtre comme moteur de changement. « Si la pièce réussit », se souvient-iel avoir pensé, « tu sors du théâtre et tu vas manifester. Tu descends dans la rue. » Cette vision des arts comme engagement politique lui est restée. Le théâtre, explique-t-iel, est plus qu’une simple sortie sociale, où l’on va ensuite « prendre du gâteau au fromage et du vin… Il sert à te faire demander : “Depuis combien de temps est-ce que ça dure? Qu’est-ce que ça veut dire pour nos vies?” »

Ce désir d’avoir un impact est l’une des raisons pour lesquelles MacLean est rentrée à Saskatoon, où elle est associée artistique au Gordon Tootoosis Nīkānīwin Theatre (GTNT), la seule compagnie de théâtre autochtone professionnelle de la Saskatchewan. Elle y est responsable de Circle of Voices, un programme qui initie principalement des jeunes Autochtones aux multiples facettes du théâtre. Elle les décrit comme sa principale source d’inspiration ces jours-ci : « Ils et elles me poussent à voir les choses autrement. » 

 

Kat Maclean and Indigenous youth at Beardy's Camp, Gordon Tootoosis Nīkānīwin Theatre
Kat MacLean et des jeunes autochtones au Beardy’s Camp, au Gordon Tootoosis Nīkānīwin Theatre. Photo: Jensine Emeline.

 

En retour, MacLean encourage les jeunes participant·e·s à rêver et à créer au-delà des cadres habituels du théâtre occidental ou canadien. « Le théâtre autochtone raconte des histoires depuis des temps immémoriaux », souligne-t-iel. « Il n’y a aucune raison de suivre ce que fait le théâtre occidental. Tout n’a pas besoin d’être une œuvre de réalisme social. Il y a tellement de place pour le réalisme magique, pour raconter les choses hors du temps, pour intégrer plusieurs voix… » 

Même si MacLean est bien installée à Saskatoon, elle continue de travailler partout au pays, puis ramène cette expérience professionnelle directement aux jeunes du GTNT, en leur disant : « voici ce que je viens de faire, voici ce sur quoi je travaille », et en les encourageant à voir le théâtre comme une véritable possibilité. « C’est extraordinaire de voir l’étincelle s'allumer chez les jeunes », dit-elle. 

C’est un peu comme au bon vieux temps à l’ÉNT de Montréal, à l’époque où MacLean était étudiante et apprenait auprès des pros. Sauf qu’aujourd’hui, les rôles sont inversés. La boucle est bouclée. « Prenez ce qui vous sert », dit-iel aux jeunes artistes autochtones, « et laissez derrière ce qui ne vous sert pas. C’est la manière de faire des Métis. Tresser tous les éléments ensemble. »

Vanessa Porteous

 

 


 

Kat MacLean (they/she) is a 2Spirit, Métis-Settler from Treaty 6 Territory & the Homeland of the Métis (Saskatoon, SK). Kat is an actor, storyteller, and the Artistic Associate and Coordinator of the Circle of Voices program at Gordon Tootoosis Nīkānīwin Theatre in Saskatoon. Instagram @katMacLean.

Vanessa Porteous (she/her) is a theatre artist, teaching artist, and writer based in Calgary. From 2018 to 2021 she was Jury Chair for the Siminovitch Prize.

Top Photo: “The Secret to Good Tea”, Royal Manitoba Theatre Centre (2023). Photo by Dylan Hewlett.